Il n’y a pas de hasard, il n’y a que des rendez-vous

Alors qu’une page se tourne et qu’une autre s’écrit, il est temps de faire un nouveau bilan, calmement ! J’aime ces périodes de transition, entre deux mues. J’y vois les interstices des possibles, ceux que je viens d’explorer et ceux, infinis, qu’il me reste à découvrir.

Depuis la fin de Place To B, qui m’a pris beaucoup de temps et d’énergie en 2015, je n’ai ni eu ni pris le temps de souffler. D’un côté, je sens la fatigue et les tensions accumulées ; de l’autre, je suis investie d’une énergie folle. En quatre mois, que de changements ! J’ai quitté certains projets, en ai rejoint d’autres. Leur point commun : l’expérimentation. Politique. Scientifique. Communautaire. Mais j’y reviendrai.

Des invités high level

Je viens de quitter mon poste de responsable éditoriale de One Heart, une agence de communication spécialisée dans l’accompagnement d’acteurs solidaires. J’ai décidé de garder trace ici de mes meilleurs sujets, les plus alignés avec mes envies et mes centres d’intérêt.

Un foyer de bonnes ondes, d’abord ! Peu de temps après mon arrivée, nous avons instauré l’invitation de personnes formidables lors de notre conférence de rédaction hebdomadaire. Coup de cœur intersidéral, déjà au rendez-vous pendant Place To B : Yacine Ait Kaci – alias YAK, le papa d’Elyx, ce bonhomme en bâtons, premier ambassadeur virtuel de l’ONU. Ses dessins m’accompagnent plus que jamais, m’ont aidée à trouver les mots qu’il me manquait après les attentats de Bruxelles, et peuplent les profils sociaux de toutes les Nuits Debout. Son amitié, elle, est une pépite.

Belles rencontres encore, avec Isabelle Delannoy et son économie symbiotique, qui m’ont fait partir à la rencontre de Xavier Coadic et de son Tour de France des lieux innovants, dans lequel il m’a ensuite embarquée avec cinq autres joyeux lurons. Belles rencontres avec Sylvain Lapoix, datajournaliste qui sévit avec brio aux manettes du programme Datagueule, qui décrypte les sujets de société les plus pointus (et reprend bientôt !) ; avec Alice Barbe, directrice de l’association Singa, sorte de réseau social IRL qui fait un boulot génial pour aider les réfugiés à s’insérer ; ou encore avec Maxime de Rostolan, ses Fermes d’Avenir et sa plateforme de crowdfunding, Blue Bees…

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Yacine Ait Kaci, premier invité de notre conférence de rédaction.

Bon kiff aussi, quand nous avons reçu Alexandre Jardin, à l’origine du mouvement citoyen Bleu, blanc, zèbre, au moment de la journée internationale des droits de la femme. Une grosse partie de la semaine a été consacrée à cette moitié de l’humanité qui doit encore se battre pour qu’on dise « Jamais sans elles ».

Morceaux choisis : le lancement de la Fondation des Femmes ; le projet Règles élémentaires, collecte de produits d’hygiène intime pour les femmes sans abri ; l’interview de Sidonie Mérieux, chasseuse de têtes qui aide les femmes à se frayer un chemin dans les hautes sphères des conseils d’administration ; ou encore la rencontre entre Simplon.co, la fabrique sociale de codeurs, et de Microsoft pour débugger les inégalités femmes-hommes.

Ulule, quand tu nous tiens…

Hormis ces moments d’échange, j’ai aussi pu découvrir et médiatiser des projets que j’ai trouvés fantastiques. Un clin d’œil à Mathieu Maire du Poset – DG d’adjoint d’Ulule que nous avons d’ailleurs aussi reçu en conf de rédac – qui me charriait toujours de trouver mes sujets sur sa plateforme de crowdfunding. Oui, il y en a eu beaucoup, et encore, pas autant que je l’aurais aimé !

En vrac et en pagaille : Caribe Wave, un projet de simulation de tsunami qui visait à protéger la population des Caraïbes grâce à une agence tous risques des temps modernes ; KM for Change, le très beau projet de Florent Morel et son équipe pour permettre à chacun de rendre son jogging utile et solidaire ; Faso Soap, un savon répulsif anti-paludisme ; Thot, l’école de français pour les réfugiés et les demandeurs d’asile, créée par trois nanas sur-déterminées.

A propos de réfugiés, un projet a aussi rythmé mon quotidien pendant ces quatre mois : SOS MEDITERRANEE et son bateau l’Aquarius. Moment fort, les deux jours d’animation et de préparation du départ du bateau en Mer Méditerranée pour sauver du naufrage les migrants, au large de la Libye et de l’Italie. J’ai piloté les réseaux sociaux le temps d’un weekend, que je ne suis pas prête d’oublier… J’ai suivi ensuite en ligne leurs aventures, leurs doutes, leurs succès, leurs douleurs et les liens que j’avais gardés avec certains membres de l’équipage, qui se reconnaîtront !

Dernières émotions fortes : regarder en replay le magazine de France 2, 13.15 le samedi, être très touchée de découvrir les images à bord, et entendre dans la foulée les tristes nouvelles d’un sauvetage à haut risque, à l’issue dramatique. Mon grand respect va à toute l’équipe, à bord et à terre. Et un dernier clin d’œil, au travail de Geoffrey Dorne et de son application Refugeye, librairie de pictogrammes pour faciliter la communication entre les migrants et les sociétés d’accueil.

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Elyx sur le pont de l’Aquarius. Crédits: YAK et Patrick Bar.

Mention spéciale à mon poulain

Riche équipe, aussi. Mention spéciale à François de Monès – j’ai nommé « mon poulain » – le stagiaire qui m’a accompagnée dans mes délires parfois pointus. « Mais dis-moi, quand est-ce que je pourrais te parler d’un truc que tu ne connais pas déjà ? », me demandait-il souvent en rigolant. Son cadeau de départ en dit long sur notre connivence : Antispéciste, le dernier livre d’Aymeric Caron, le journaliste qui m’avait convaincue d’arrêter la viande avec No Steak. Je lui ai d’ailleurs promis une chronique bloguesque dans les semaines à venir.

En quatre mois, l’élève a beaucoup appris de la maîtresse que je me découvrais être. Quel plaisir d’aider une plume à s’aiguiser quand l’esprit qui la tient est brillant ! Je lance d’ailleurs un appel à tous ceux qui pourraient l’aider à trouver une entreprise : il cherche une alternance en presse écrite, en radio ou en télé. A vos contacts !

Retenir la Nuit Debout

Et puis, vers la fin de cette période transitoire, il y a eu Nuit Debout. L’impression qu’il se passe enfin quelque chose en France, que la jeunesse se bouge, se lève et se tient debout, ensemble. Plaisir de faire le dernier papier avant le départ sur le soutien du mouvement altermondialiste (Attac) au mouvement citoyen.

De fil en aiguille, je me suis retrouvée impliquée et investie : dans la commission numérique dont je suis les travaux plus ou moins assidûment, mais aussi dans l’équipe bruxelloise, qui tente de faire vivre – avec ses spécificités – le mouvement dans la capitale européenne. Me voilà Nuitdeboutiste, plutôt que jusquauboutiste ou défaitiste. La prochaine grande action a lieu ce dimanche 15 mai, où l’on célébrera, à Paris et ailleurs, les cinq ans du mouvement des Indignés espagnols.

On ne sait encore ni s’il va durer, ni combien de temps, mais une chose est sûre : un vent – d’espoir et de douce révolte – souffle. Et une partie du peuple est vent debout. Pas courbé, ni couché. Debout. Je suis assez d’accord avec cette membre de la commission internationale venue dire le weekend dernier, place de la République : « Plus que les résultats, c’est le processus – apprendre à travailler ensemble – qui est important. » Encore une fois résonnaient les mots et les dessins de Yacine : #WeAreOne.

Insuffler du sens et du rêve

« Mais alors, maintenant, tu fais quoi ? » Je redoute la question autant que j’aime y répondre. Je reprends à peine ma liberté de freelance et je tâtonne. J’aimerais composer une activité qui ait du sens et me permette de concilier les missions rémunératrices et celles pour lesquelles je travaille gratuitement à l’intérêt commun.

Le mois de mai va filer à la vitesse de l’éclair : je participe la semaine prochaine au OuiShare Fest, notamment avec mes amis des 100 barbares qui comptent bien barbariser le plus grand festival de l’économie collaborative. La « Magic » Janique Laudouar y proposera, mercredi 18 mai, un atelier sur les civictech ; l’hyperactif Antoine Brachet y tiendra samedi 21 mai une rencontre autour d’Un peuple totalitaire, son roman collaboratif qui nous emmène dans les arcanes du pouvoir, à la découverte de ce néo-bouillonnement démocratique qui secoue les puces du sérail.

Et nous animerons un stand tous les jours au Cabaret Sauvage pour donner envie aux participants de nous rejoindre, le dimanche 22 mai, à Chemin Faisant. Pendant cette marche autour du lac Daumesnil du Bois de Vincennes, chacun pourra partager les rêves des autres barbares bienveillants. (Si vous vous demandez quel est donc cet étrange langage, rendez-vous sur le groupe Facebook des 100Barbares !).

En juin, je rejoins officiellement l’équipe de Sans A_, le média qui rend visible les invisibles, pour prendre la tête de la rédaction à mi-temps, pour me laisser la liberté de faire d’autres choses. Un recrutement possible seulement si la campagne de crowdfunding est une réussite… Vous savez ce qu’il vous reste à faire ! (Et comme d’habitude, c’est sur Ulule !)

J’ai aussi prévu d’offrir une partie de mon temps libre à « celles et ceux que nous attendions », l’équipe et les candidats du mouvement citoyen #MaVoix, dont j’ai déjà parlé ici ou . Lancé l’année dernière, le mouvement veut « Hacker l’Assemblée nationale » en y envoyant des citoyens volontaires et tirés au sort pour voter en fonction de l’expression des citoyens via une plateforme en ligne.

Je ne sais pas où le vent me mène, Debout. Mais il me souffle une légère brise belge, un mistral gagnant breton. Il susurre à la « Fille du Vent » que je suis : « Nomadise un peu, déploie tes ailes et dérouille ta plume ». Il me suggère de faire quelque chose de mon obsession des zèbres, qui pourrait être utile à d’autres en même temps qu’elle répondrait à des questionnements existentiels qui m’animent depuis toujours.

« Il n’y a pas de hasard, il n’y a que des rendez-vous ». La phrase de Paul Eluard a beaucoup résonné ces dernières semaines. Je ne l’ai jamais trouvée aussi vraie, en même temps que je n’ai jamais été si convaincue que c’est à chacun de provoquer le hasard et ses rendez-vous imprévus, impromptus, déroutants. Je suis prête.

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