Avortement: le combat continue

En France, le droit à l’avortement vient de fêter ses 40 ans. Pourtant, dans de nombreux pays, y compris d’Europe, ce droit est mis à rude épreuve. Au Salvador, par exemple, il n’existe tout simplement pas, alors qu’en Irlande, il est soumis à de nouvelles restrictions…

Le droit d’avorter, c’est un droit dans notre pays, parce qu’il y a 40 ans, une femme, Simone Veil, s’est battue sans rien lâcher, face à des parlementaires plutôt machos, pour imposer cette liberté des femmes à disposer de leur corps… On en oublie presque qu’avant la loi Veil, l’avortement, en plus d’être une douleur, était un crime pour lequel les femmes étaient durement punies. Cette double peine, les femmes du Salvador la subissent encore aujourd’hui.

Dans ce petit pays d’Amérique Centrale, l’avortement est interdit, même quand la grossesse résulte d’un viol : les femmes peuvent se retrouver en prison pour avoir avorté, parfois même pour avoir fait une fausse couche. Le personnel médical peut aussi être poursuivi pour les avoir aidées. Médecins et infirmières sont ainsi incités à les dénoncer aux autorités, et à ne les soigner que lorsqu’il est parfois trop tard, après une grave hémorragie. Amnesty International dénonce régulièrement cette criminalisation qui met la santé des femmes – et des filles – en danger, en favorisant les avortements clandestins mais aussi le manque de soins adaptés. Sa campagne « Mon corps, mes droits » rappelle l’importance des droits sexuels et reproductifs.

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) estime que 40 % des femmes en âge de procréer vivent dans des pays où l’avortement est interdit, limité ou inaccessible. Au Nicaragua ou au Salvador, le droit à l’avortement est totalement inexistant. Ailleurs, comme au Burkina Faso, la situation est parfois plus contrastée : c’est la contraception – y compris d’urgence – et l’information qui font défaut… Même quand l’avortement n’est pas interdit, les femmes ne savent pas où aller, et ne sont pas bien suivies après leur interruption de grossesse, prenant le risque de complications.

Cette réalité n’est pas seulement lointaine : plusieurs pays d’Europe tentent aussi de restreindre le droit à l’avortement. En Espagne, d’abord. Grâce à la mobilisation populaire et à une « action urgente», de nombreuses organisations, dont Amnesty International, ont fait retirer un projet de loi très dur pour les femmes qui voulaient interrompre leur grossesse, puisqu’il durcissait les conditions d’accès à un avortement sûr, ramenant le pays des décennies en arrière.

En Irlande, les Nations unies comme les organisations de défense des droits humains dénoncent la criminalisation de l’avortement, en contradiction totale avec les engagements internationaux de l’État irlandais. Encore aujourd’hui, l’interruption de grossesse est une infraction passible d’une peine pouvant aller jusqu’à 14 ans de prison.

En France, la contestation de ce droit chèrement acquis est réapparue ces dernières années dans certains milieux conservateurs, notamment catholiques. Des militants « Pro-
life », opposés à l’avortement, ont ainsi défi lé dans les rangs de la Manif pour Tous, ce mouvement apparu en 2012 pour lutter contre le mariage pour tous.

Face aux risques de violations des droits fondamentaux comme l’accès à la santé et la non-discrimination, Amnesty International France travaille avec d’autres associations et veille à ce que les gouvernements maintiennent les acquis en matière de droits sexuels et reproductifs. Et continue de se battre pour porter cette voix dans le monde.

Cet article a d’abord été publié dans le dossier du dernier numéro d’AJ! consacré à la campagne d’Amnesty International »Mon corps, mes droits ».

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