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Les petites leçons de L’Alchimiste

En pleine transition, professionnelle et personnelle, j’ai eu envie de relire L’Alchimiste, de Paulo Coelho. J’étais sûre que ce conte philosophique allait résonner avec ce que je vivais. Et j’avais bien raison ! Retour sur les enseignements que j’en tire.

« Peut-être Dieu a-t-il créé le désert pour que l’homme puisse se réjouir à la vue des palmiers. » J’ai laissé cette phrase résonner longuement en moi ; j’ai même posé le bouquin. En ce moment, j’ai l’impression d’être dans un désert peuplé d’oasis. Et « la seule chose qui change dans le désert, ce sont les dunes, quand souffle le vent. »

L’Alignement, ma Légende Personnelle

Tout au long de ma relecture de L’Alchimiste, je me suis demandée : « Mais toi, dans le fond, c’est quoi, ta Légende Personnelle ? Ton trésor, celui que tu as envie de poursuivre, coûte que coûte, parce qu’il est si important qu’il donne un sens à ta vie ? » Peut-être que je formulerais les choses autrement dans 10 ans, comme je ne les aurais pas énoncé comme ça il y a 10 ans, quand j’ai lu pour la première fois ce petit conte à forte portée.

Je pense aujourd’hui que ma Légende Personnelle, c’est l’Alignement. Trouver un boulot qui me nourrisse intellectuellement et remplisse mon frigo, qui soit réjouissant, varié et centré autour des valeurs humaines que j’ai envie de défendre en tant que personne : la solidarité, la bienveillance, la justice, l’innovation, la créativité. M’entourer de gens – dans toutes les sphères – qui partagent mes valeurs et mon envie de changer le monde. Etre alignée avec moi-même aussi, et réduire les contradictions qui existent trop souvent entre ce que j’aimerais être et ce que je suis ou ce que je fais.

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Comme dans l’Alchimiste, je poursuis sans relâche ma Légende Personnelle, et je ressens parfois que la Chance du Débutant laisse la place à l’Epreuve du Conquérant. Cet alignement, ce sens si vital pour moi, je dois aller le chercher avec les dents quand j’ai envie de les serrer. Quand j’en fais fi, ma Légende Personnelle se rappelle à moi. Elle met des signes sur ma route que je ne peux pas occulter. Mais quand je me mets à son écoute, mon quotidien se met à chanter. « Quand une personne poursuit sa Légende Personnelle, l’univers tout entier s’efforce de lui faire obtenir ce qu’elle cherche. »

A l’écoute du Langage du Monde, je suis aussi plus à même de le parler. Et l’Ame du monde, présente partout, me répond. « A la vérité, les choses ne révélaient rien par elles-mêmes ; c’étaient les gens, qui en observant les choses, découvraient la façon de pénétrer l’Ame du monde. » Voilà encore une parole sage… A moi d’interpréter les signes, et de faire confiance au Mektoub, « ce qui est écrit », en arabe.

Améliorer le présent pour changer le futur

Ce destin, jamais gravé dans le marbre, dépend en grande partie des choix que nous posons chaque jour. « C’est dans le présent que réside le secret, rappelle le devin sur la route du jeune homme ; si tu fais attention au présent, tu peux le rendre meilleur. Et si tu améliores le présent ce qui viendra ensuite sera également meilleur. » Ou encore, plus loin, sur le même thème : « Lorsque nous cherchons à être meilleurs que nous le sommes, tout devient meilleur aussi autour de nous. »

C’est simple, c’est du bon sens, mais ça me semble tellement vrai ! Si je veux améliorer le futur, qui pour l’instant m’apparaît flou et incertain, je dois commencer aujourd’hui : choisir et semer des graines, les arroser avec amour, jeter celles qui pourrissent, parler à l’oreille de celles qui germent, les regarder pousser. Et recommencer.

« Il n’y a qu’une façon d’apprendre, c’est par l’action. », nous explique L’Alchimiste. En cette période complexe, j’ai identifié que j’avais surtout besoin d’agir, de faire, et chez moi, ça se traduit notamment par le besoin d’écrire. Etre davantage à l’écoute de cette envie de créer, de raconter. Laisser libre cours plus souvent à ces moments de flow où mes doigts se baladent sur le clavier avec dextérité pour traduire en mots ce que vivent les autres et les tréfonds de mes pensées.

Agir, aussi, en cultivant mes relations amicales, celles qui me nourrissent, m’enrobent, m’accompagnent, me font du bien. Etre plus présente pour ces personnes que j’aime, mais qui ont parfois du mal à me suivre, moi, le tourbillon, « le fleuve qui déborde ». Leur donner le meilleur de moi-même, mon authenticité, ma sincérité, connectée à nos échanges et moins à mes réseaux sociaux.

Composer avec la peur d’échouer

Agir, en surmontant la peur. Celle d’échouer ou d’être médiocre. Celle de me tromper. « Celui qui vit sa légende personnelle sait tout ce qu’il a besoin de savoir. Il n’y a qu’une chose qui puisse rendre un rêve impossible, c’est la peur d’échouer. » Il s’agit là d’entendre la peur, pas de l’occulter. « Ecoute ton cœur, même – et surtout – quand il a peur. », nous dit en substance l’Alchimiste.

En arpentant ces pages qui m’avaient tant marquée plus jeune, je repense à une vidéo, publiée il y a quelques jours par mon ami Thibaud Gangloff, sur sa page SoTibo. « Notre cerveau nous ment », nous explique-t-il. Nous sommes entourés de monstres qui nous font peur mais ne sont que la création de notre cerveau. Il cite l’entrepreneur Seth Godin : « l’inquiétude est l’acte d’expérimenter l’échec de manière répétitive dans nos têtes, avant qu’il ne soit arrivé ». Je retiens ses conseils, précieux et dans la droite ligne de ceux de l’Alchimiste : la prochaine fois que je veux prendre un risque, j’essaierai de « planifier le meilleur scénario possible » plutôt que le pire, et d’envoyer « mon cerveau balader », parce que la réalité est moins pire que ce qu’il me dit.

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Alors que j’achève ma lecture, un article de l’optimisme fait aussi écho à ma réflexion. Il liste 10 personnalités qui ont connu l’échec avant la réussite. Mention spéciale à Marilyn Monroe. Oui, j’ai envie comme elle de « rêver plus fort ».

S’abreuver d’amour

Rêver plus fort, ça veut aussi dire aimer plus fort. Les parents, les amis, les amants. C’est également savoir lâcher prise. Quand Santiago rencontre l’amour dans l’oasis du désert, il décide de ne pas renoncer à la quête de son trésor et de poursuivre son chemin.

« Si je fais partie de ta Légende Personnelle, tu reviendras un jour », l’encourage même Fatima. Sommé de se transformer en vent sous peine de mourir, le jeune homme a ces jolies paroles pour expliquer l’amour au vent, justement : « Quand on aime, on a aucun besoin de comprendre ce qui se passe, car tout se passe alors à l’intérieur de nous, et les hommes peuvent se transformer en vents. »

« Si ce que tu as trouvé est fait de matière pure, cela ne pourrira jamais, lui dit l’Alchimiste quand la peur de laisser l’amour derrière lui manque de l’emporter. Et tu pourras y revenir un jour. Si ce n’est qu’un instant de lumière, comme l’explosion d’une étoile, alors tu ne retrouveras rien à ton retour. Mais tu auras vu une explosion de lumière. Et cela seul aura déjà valu la peine d’être vécu. »

En refermant L’Alchimiste, je me sens plus alignée avec ce que je vis. J’accepte la complexité de cette période, comme les sentiments que j’y traverse. J’ai envie de donner un nouveau souffle à ma quête, qui finalement ne me quitte jamais d’une semelle. J’ai envie d’écouter davantage mon cœur, même quand il a peur. J’ai envie de m’abreuver d’amour et d’en donner, toujours plus. J’ai envie de « rêver plus fort ».

Dédicace à Catherine, grande fan de ce livre – et de Paul Coelho – qui m’aide à faire souffler tous les jours un peu plus sur ma vie le vent de l’optimisme. Vous entendrez bien vite reparler de son projet L’optimisme.

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WEB #6, ou comment les Barbares vont passer à la vitesse supérieure

Le sixième weekend organisé par la tribu des 100Barbares (WEB #6) a eu lieu du 3 au 5 juin près de Mâcon. Un cadre de travail idyllique, des hôtes aux petits soins, des Barbares au taquet : tous les ingrédients étaient réunis pour inspirer chacun et avancer sur les projets de la communauté. 

En février, j’avais participé au WEB #5 et j’en étais revenue chamboulée. Depuis, c’est ma vie que j’ai bouleversée. Je partais donc à ce sixième weekend enthousiaste et pleine d’envie d’avancer sur les projets de la guilde barbare et d’autres, plus perso, à creuser.

Retour aux sources : un lieu et des liens

J’avais utilisé cette formule « Un lieu et des liens » pour évoquer Place To B, ce quartier général de la société civile et médiatique dans lequel j’ai travaillé et vécu pendant la COP21. Alors que je prépare ce billet au retour du WEB #6, cette image me paraît bien coller à notre expérience.

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Le domaine familial accueille désormais des groupes de travail.

Prissé, près de Mâcon, est un lieu emblématique de la communauté barbare : on y vient pour se dépayser, travailler, échanger, partager, mais aussi pour boire du bon vin, profiter de chaque instant autour d’un bon repas ou d’une balade au Château de Lamartine. Un lieu magnifique, un peu magique, où les vieilles pierres et les poutres respirent d’une vie passée remise au goût du jour juste pour nous inspirer.

Le lieu sans les liens n’aurait aucun sens barbare. Ce qui fait le sel de ces weekends, c’est une énergie vibratoire que j’ai rarement trouvée ailleurs. Quand on arrive au WEB, fatigués et pas encore totalement déconnectés de nos vies urbaines, on se rappelle les règles : on vient pour parler de nos projets, mais sans « moi, je » ; on fait part de son expérience, mais pour enrichir celle des autres ; on ne s’interrompt pas, mais on essaie au contraire de faire la part belle à la bienveillance et à l’accueil de l’autre.

Le WEB5 m’avait enthousiasmée à plus d’un titre. J’avais confirmé mon envie d’un boulot plein de sens, qui me permette de révéler mon potentiel et mes envies, qui suscite chez moi l’intérêt permanent et sans cesse renouvelé… Mais plus que les enseignements professionnels et personnels que j’ai tirés de cette parenthèse mâconnaise, j’ai gagné une des choses les plus précieuses à mes yeux : une bande d’amis.

Vous savez, des gens que vous aimez inconditionnellement. Que vous comprenez instantanément et qui vous comprennent sans avoir besoin d’expliciter. Avec qui vous refaites le monde, sans avoir l’impression de patiner ou de brasser du vide. Qui vous soutiennent, que vous soutenez, parce que vous partagez une vision et une envie de déplacer des montagnes sans accoucher d’une souris. Que vous êtes toujours contents de croiser, au hasard d’une rue ou d’une timeline.

Je l’ai écrit il y a peu et je le réécris aujourd’hui : « il n’y a pas de hasard, il n’y a que des rendez-vous ». Quand je croise un barbare de mon crew, je suis à peu près sûre de repartir avec la banane. Ou le citron, dédicace à mon amie Catherine, rencontrée justement au WEB #5, qui a décidé il y a peu de se consacrer à temps plein à son génial projet, l’Optimisme« Et si on souriait ? » : depuis février, j’essaie de faire mien son slogan quand il se passe quelque chose dans ma vie, de positif ou de négatif. Ça n’a rien de niais, c’est même l’inverse. Mon autre mano Guillaume dirait, lui, que tout est dans le mindset, l’état d’esprit, la grille de lecture qui nous permet d’appréhender le monde.

Portée par cette énergie qui irradie dans ma vie depuis février, je suis arrivée au WEB #6 en néo-freelance, sûre d’avoir pris le bon chemin sans savoir encore ce qu’il y a aurait sur ma route. Je suis venue à Prissé rencontrer de nouveaux barbares, mais accompagnée de tous ceux qui y étaient présents avec moi il y a quelques mois.

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Avec l’optimisme, on prend chaque jour sa dose de bonne humeur:)

Plus de place aux rencontres

L’un des enjeux de ce WEB #6, c’était de poser les prochaines pierres du développement de la communauté, en France et à l’international. Après les 5 tibétains, des rites de yoga enseignés par le doux-puissant Makhno, on a commencé notre réflexion du samedi matin par une lecture du Manifeste, à l’origine du mouvement, rédigé à Prissé il y a deux ans. Pertinent, incarné, il résonnait en chacun de nous. Il confirmait une chose : nous avons rejoint les Barbares en nous retrouvant sur des valeurs et une vision communes, en même temps qu’on y venait mettre aussi notre grain de sel.

 « Vous n’êtes pas des ovnis, a résumé notre hôte, Christophe. Vous êtes les barbares de votre temps. Vous illustrez la « tension féconde » qui s’exprime : du clivage et de la bienveillance en action, sans gnangnantisme. » La bienveillance, mot clé de la plupart de nos réflexions. Pas facile, non, mais moteur de l’action.

Si je me livre à un petit inventaire à la Prévert de notre brainstorming, je garde que les Barbares, c’est à la fois une clé de langage, un label, une étiquette, un « réseau flou de valeurs partagées », une guilde, une tribu, une communauté et une incarnation du « pari de l’optimisme ». Nous avons aussi réaffirmé la nécessité de favoriser le respect des postures de chacun, « autoattribuées, éphémères et évolutives », utilisées notamment pendant le premier événement à grande échelle à l’Archipel, en 2015. Chez les barbares, on peut être « barbatimide » ou « barbacteur » selon les jours et les envies du moment, et toujours sans jugement.

Premier livrable du weekend : un starter kit où chacun peut trouver quelques éléments pour comprendre le mouvement et voir comment s’y impliquer plus avant. Un principe : qui veut faire, fait ! On s’est aussi mis d’accord sur l’importance de nous rencontrer plus souvent « dans la vraie vie ». Et si on se réunissait le troisième jeudi de chaque mois, à Paris et partout ailleurs où bat le cœur de la communauté ? BIM : le premier événement aura lieu le 23 juin, et on espère bien réunir un maximum des 5000 personnes qui suivent les 100Barbares en ligne !

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Bosser avec cette vue de fou sur Prissé, on a vu pire !

Les Barbares vont aussi se doter très prochainement d’un média. On commencera par une newsletter, dont la première arrivera vendredi dans vos boîtes mails. On y postera chaque semaine les actualités qui nous paraissent signifiantes, des contenus produits par des Barbares en tous genres (articles, dessins…) et des événements pour nous réunir IRL.

J’ai un regret de ce WEB6 : l’absence totale de parité ! Suite à divers péripéties (grève SNCF, crues, questions perso), plusieurs des participantes ont annulé leur venue. Une pensée pour Janique et son blog de la Ménagère, qui n’ont pas dit leur dernier mot. Ça nous a fait réfléchir plus globalement aux moyens de favoriser l’expression des femmes dans les 100Barbares. Si vous avez des idées et des envies, nous sommes preneurs ! Parce que comme l’a écrit récemment Laetitia Vitaud, nous avons un besoin criant de superhéroïnes du quotidien. Elles sont là, elles font plein de choses. Il n’y a plus qu’à leur montrer que les Barbares sont un de leurs espaces d’expression.

Les civictech, sujet d’à-venir

Un autre gros sujet de discussion nous a guidés pendant le weekend : les civictech. Plusieurs d’entre nous portent des initiatives liées de près ou de loin à ces outils et plateformes qui facilitent la réinvention de la démocratie.

Avant de partir, j’avais déjà échangé sur son projet avec Florent Guignard, co-fondateur du Drenche, un média qui favorise le débat autour des grands sujets de société, pour permettre aux citoyens de s’en faire une idée et se les réapproprier. Il était venu au WEB #6 notamment pour pousser plus loin avec nous sa réflexion sur les médias et la nécessité d’inventer de nouvelles manières de produire de l’information, sensée et objective, dans le flot et le flux incessants.

J’ai aussi travaillé sur un projet perso lié aux civictech – dont je vous reparlais ici ou ailleurs très prochainement – mais je suis revenue de ce weekend convaincue qu’on avait beaucoup de choses à construire ensemble, avec Florent comme avec Louis et son projet de parti numérique. Se serrer les coudes pour porter plus haut le renouveau démocratique et favoriser l’empowerment des citoyens.

Julien Letailleur, un héros barbare

Le vrai héros de ce weekend est un personnage de roman. Julien Letailleur, de son petit nom, est le protagoniste principal d’Un peuple totalitaire ?, le roman collaboratif d’Antoine Brachet. Julien, comme on l’appelle tous avec affection, avait déjà pris vie sur les réseaux sociaux à la suite du WEB #5. Le voilà arrivé au WEB #6 fraîchement déclaré candidat à la présidentielle de 2017, pendant un événement sur les futurs de l’Etat, à Bercy.

Julien Letailleur, héros de roman et candidat à l'élection présidentielle

Julien Letailleur, héros de roman et candidat à l’élection présidentielle

Du trajet aller au retour, il nous a bien occupé l’esprit, le Julien. Il faut dire qu’il incarne à lui seul le bouillonnement qu’on ressent tous, dans chacun de nos secteurs, et l’envie de changer les choses en cassant les codes. Partir à l’assaut de tous les champs et y semer de nouvelles graines, entrer dans la Cathédrale et y mettre un peu le bazar.

En deux jours, on a pas mal avancé sur les prochaines étapes de sa vie réelle. Il va élaborer un programme avec sa communauté en devenir autour de grandes thématiques, sous ou mal traitées par les médias et essentielles pour traiter le monde de demain. Le détail viendra bien assez tôt, mais on était à peu près tous d’accord pour dire que l’avenir de la démocratie, du travail ou de l’argent allaient donner du grain à moudre à Julien et tous les tailleurs de sens qui l’entourent.

Stay tuned, en le suivant sur les réseaux sociaux (sur Facebook ou Twitter), parce que le candidat virtuel de la multitude donnera vendredi sa première interview à la télévision. Et si vous êtes attentifs, vous ne pourrez pas rater les nouvelles incroyables qu’il s’apprête à annoncer…

Et toi, c’est quoi ton driver ?

Comme au dernier WEB, les plus forts moments – ceux dont les graines semées germent bien après le retour – ont eu lieu pendant les temps « morts » qui sont d’ailleurs plutôt des temps « vivants » ! Les balades, les repas, ces instants où l’on relâche aussi l’attention mais où l’on parle vrai, sans trop se regarder le nombril. Une chanson devient vite notre hymne : Around, de Noir Haze, merci Makhno.

Christophe, notre hôte, fait partie de ceux dont l’on boit les paroles car elles sont sages. Empreintes non d’une sagesse désincarnée et lointaine, mais d’une philosophie riche et présente au monde. Il y a du Socrate maïeuticien en Christophe, accoucheur de nos projets et de nos âmes.

Moment de grâce au repas du midi, le samedi. Une discussion sur l’ennui. Qui dérive sur le sens de nos vies. De nos actions. Sur notre vision du bonheur. Christophe nous lâche une clé de lecture assez puissante. « Deux grands drivers se retrouvent chez chacun de nous. Chez certains,  le besoin d’être utile et valable à ses propres yeux domine, quand chez les autres, c’est le besoin d’être aimé. »

On fait le tour de la table : « Et toi, qu’est-ce qui te drives ? ». On finit par se demander : « et si, qu’on soit drivé par l’un ou par l’autre, on essayait de transformer la zone de souffrance en zone de tension ? Et si, on résonnait davantage avec ce qui se passe dans nos vies, que les événements soient favorables ou défavorables ? »

Un détour par la pédagogie, tout en poésie. « Les parents et les pédagogues sont des metteurs en scène, nous dit encore Christophe, pas des chefs d’orchestre. Ils s’assoient dans le public quand le spectacle commence. »  « Les enfants, eux, nous élèvent », lui répond en écho Antoine.

En conclusion, un poème soufi : « Le bonheur, c’est d’être ce que l’on était avant d’être, en se souvenant de ce qu’on a été. » A méditer. En attendant la prochaine rencontre barbare…

Merci à Antoine, Aymeric, Florent, Makhno, Alexis, Yves, Louis, Didier, Maël, Christophe, Odile et Laurence. Et une grande pensée pour les amis du WEB #5.

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Au bonheur des zèbres #2 – Amélie Poulain au pays des Barbares

Après mon premier portrait sur le bonheur des zèbres, j’ai plusieurs autres histoires à raconter – des rencontres « dans la vraie vie » ou épistolaires – mais ça ne sort pas. Alors aujourd’hui, j’ai envie de dépeindre comment le sujet creuse son sillon en moi.

J’ai décidé de commencer cette série de papiers zébrés comme je fais beaucoup de choses en ce moment : au feeling. De la lecture d’un livre de psy, spécialiste des adultes surdoués, je suis arrivée à des témoignages, à la pelle, sur un sujet qui me touche bien plus que je ne l’avais anticipé. Retour express, sur fond d’analyse et d’introspection.

Il était une norme

Toutes les discussions et les rencontres de ces dernières semaines ont mis en valeur ce double constat, complémentaire. Les zèbres ont du mal à être heureux – moi la première. Ils ne sont par ailleurs que le miroir, grossissant et complexe, des réalités sociales dans lesquelles ils s’ébattent.

Comment penser le haut potentiel sans en référer à une norme ? Et comment la définir ? Cette question n’a eu de cesse de rythmer les discussions que j’ai eues après la publication du portrait de Damien.

Je n’ai pas vraiment de position tranchée. A part que pour définir ce qu’est un zèbre, je me place au carrefour de la notion de surdoué (un individu dont l’intelligence serait considérée comme supérieure sur une échelle quantitative), de celle de haut potentiel (qui peut être ou ne pas être réalisé) et de celle du zèbre, à la fois gauche et gracieux, que donne Jeanne Siaud-Facchin.

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On secoue tout ça, et on obtient un drôle d’animal, au fonctionnement intellectuel et émotionnel différent – quantitativement mais surtout qualitativement. Un spécimen de la savane, qui sait parfois se fondre dans le décor et a souvent l’impression d’y détonner.

Quel rapport les zèbres entretiennent-ils avec la norme, avec le cadre, avec l’autorité, avec le sens ? Cela fait justement partie des questions que j’ai envie d’explorer, avec le bonheur en clé d’entrée.

Zèbre recherche clé des champs

Comment et où les zèbres trouvent-ils leur clé des champs ? Cette question m’anime aussi vigoureusement depuis que j’ai commencé cette série, qui ne s’est encore matérialisée que par un seul épisode, mais dont j’écris chaque jour dans ma tête un nouvel opus.

Moi qui ai refoulé cette réflexion ontologique si longtemps, je me reprends en pleine poire les témoignages des uns et des autres qui font écho à mon propre vécu. Le sentiment d’être décalée. Jamais à ma place. A côté des cases. Pas dans le cadre. L’exigence incroyable que j’ai envers moi comme envers les autres.

Chez moi, ce n’est pas la machine à scénario qui fonctionne à plein, c’est l’analyse perpétuelle. Il y a surtout l’acuité extrême de mes sens et de mes émotions. Un atout majeur, mais parfois un handicap, quand je suis comme bloquée dans ma tête ou embourbée dans ma palette hypersensible.

Des témoignages récoltés ressort que chacun se débrouille comme il peut pour composer sa solution – souvent créative, pas toujours satisfaisante. C’est cette petite musique – accordée ou dissonnante – qui m’intéresse avec Au bonheur des zèbres. Comment on aime quand on est zèbre ? Quel est notre rapport à la solitude ? A la perfection ? Qu’est-ce que ça veut dire, être résilient ou être heureux ?

Dérouiller la plume

Alors que ma plume était rouillée côté zèbres depuis plusieurs jours – malgré mon envie d’écrire et toute la matière qui s’accumule – je me suis dit que la meilleure chose à faire était de raconter ce cheminement.

La plume se dérouille justement après une semaine très intense, à tout point de vue. Riche. Dense. Prometteuse. Un jour comme aujourd’hui, je zèbre à fond. Je pense et je ressens tout à la fois. Tout se mélange. Le pro, le perso. La joie, l’inquiétude, la peine. Ça forme une espèce de gloubiboulga inconfortable. Je vois le meilleur de moi, et le pire, complètement dans ma tête, épuisée. Je pense à tout ça et cette scène surréaliste, un matin tôt, me revient en mémoire.

« Entendre résonner ces notes sur un piano, à 5h45, Gare Montparnasse, en attendant son train. Après une nuit blanche, deux jours à Bruxelles, un weekend Debout, de riches rencontres. Avant trois jours de repos et d’écriture. Faire résonner ces notes, repenser à tout ce qui a changé dans sa vie depuis. Nostalgique et heureuse. Continuer d’être à sa façon une Amélie. En plus barbare. » Au bonheur des zèbres, c’est aussi la quête d’Amélie au pays des Barbares.

A propos de Barbares, venez donc marcher, Chemin Faisant, dimanche 22 mai au Bois de Vincennes, de 13h à 17h.

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Nuit Debout : les Belges disent aussi « Merci patron ! »

Pour la suite de mes aventures Nuitdeboutistes avec les Belges, j’ai fait un tour au cinéma, pour une rencontre avec François Ruffin, avant de partir avec ma clique Place de la République pour préparer Global Debout. Dimanche 15 mai, des Assemblées générales vont se tenir partout dans le monde, pour fêter le cinquième anniversaire des Indignés espagnols.

La salle est comble. Ce jeudi 5 mai, le journaliste et réalisateur François Ruffin vient présenter son film Merci patron !, en avant-première à Bruxelles. Il est en retard. Mon ami Nuitdeboutiste Adrien ne rate pas cette occasion d’inviter tout le monde à venir se mobiliser dimanche 15 mai, au Mont des Arts, la place où l’équipe belge de Nuit Deboutse retrouve régulièrement depuis le 6 avril.

Et merci, patron !

Le film raconte l’épopée de François Ruffin à travers la France, à la rencontre des malheureux salariés de Bernard Arnault et de l’hydre aux 1000 têtes du vêtement : LVMH. Comble : il a fallu que je vienne en Belgique pour enfin voir ce film qui a donné naissance au mouvement Nuit Debout… à Paris ! Pendant que les images défilent, deux choses me frappent dans l’approche de François Ruffin.

Le rédacteur en chef de Fakir met d’abord son humour décapant au service de la dénonciation efficace de l’absurdité et de la violence du système LVMH. On rit jaune quand il se fait vider de l’Assemblée générale des actionnaires ou lorsqu’il pose une caméra cachée chez une famille sinistrée par un licenciement, les Klur, vrais héros de Merci patron. « Le film illustre la vision des riches du monde social », explique-t-il dans le débat qui suit la projection. Et autant le faire en mode « comédie populaire », pour « mettre de la fantaisie dans la vie des gens ».

On sillonne les routes avec lui, au volant de sa camionnette siglée et paré de ses plus beaux tee-shirts « I love Bernard », et une deuxième caractéristique nous saute aux yeux. François Ruffin aime les gens. Son regard sur les travailleurs du textile est rare et précieux. « Les classes populaires sont invisibles, à l’Assemblée nationale comme dans les médias. Depuis plusieurs décennies, on peut les frapper durement sans réaction du corps social. Ce que nous avons essayé de faire avec Merci patron !, c’est un film anti-pédagogique, qui offre une compréhension plus large de la précarité sociale, en partant du cas de la famille Klur. » Il se revendique populiste, au sens du Petit Robert : « J’essaie de décrire avec réalisme la vie des gens du peuple. »

Le film se termine. Standing ovation. Le journaliste demande qu’on applaudisse surtout tous ceux qui l’ont aidé dans son enquête : les Klur, bien sûr, mais aussi les autres anciens salariés et les syndicalistes qui se battent pour faire respecter les droits des travailleurs. Je lui demande s’il est surpris du succès de Nuit Debout, qui a débuté un 31 mars Place de la République, notamment autour de la projection de son documentaire.

« Dans le désert actuel, où le milieu politique se rétracte sur lui-même, Nuit Debout propose un oasis de joie auquel beaucoup de monde a trouvé à s’abreuver. » Il parle d’un mouvement parapolitique, qui n’a rien de spontané. « Le mouvement, même s’il a pris de l’ampleur au-delà de nos espérances, a nécessité un vrai plan de bataille. Tout a commencé notamment quand Frédéric Lordon m’a dit après avoir vu mon film : ʺTon truc, c’est une bombe. Il faut la faire exploser, et en faire un événement politiqueʺ. »

Interrogé sur la possible institutionnalisation du mouvement, François Ruffin répond qu’il redoute davantage « un repli nombriliste » : « C’est important que Nuit Debout trouve le chemin pour nouer des alliances, notamment avec les syndicats. » A la sortie de la salle, ça se bouscule pour acheter Fakir et les livres de sa maison d’édition. On distribue quelques journaux avec François Ruffin. On est bien, on sent à notre place. Et on repart contents, avec quelques livres offerts pour notre petite contribution.

On retrouve ensuite la joyeuse clique de Nuit Debout Bruxelles, qui tient une réunion depuis plusieurs heures pour préparer l’événement du 15 mai, et le départ à Paris, prévu pour le samedi matin. On finit tard. On joue à des jeux de mots, des jeux drôles et de rôles, qui nous permettent de mieux nous connaitre. On se quitte heureux de bientôt se retrouver.

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Déclinaison mégaphonesque

Samedi matin. Départ pour Paris, en voiture pour les uns, en bus ou en covoiturage pour les autres. Une dizaine de Nuitdeboutistes belges va converger vers la Place de la République à la rencontre des Français et des internationaux qui se retrouvent égaux, tous Debout. Epique, le mégaphone à fond dans la voiture à la sortie de Bruxelles, au son de « We will rock you » et de « Merci patron ». La chanson des Charlots devient une sorte d’hymne, qui rythme le weekend.

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C’est parti pour deux jours, deux Nuits Debout.

Arrivée triomphale sur la Place de la République. Tour de piste, au son de – devinez quoi ? – notre nouvelle rengaine syndicaliste. Quand on arrive, il y a encore assez peu de monde. Les Nuitdeboutistes sont des oiseaux de nuit. Ils déboulent toujours plus tard, après avoir repris des forces pour affronter une nouvelle longue soirée, à parfois jouer au chat et à la souris avec l’armée de CRS qui effectuent un drôle de ballet autour de la place.

La place, justement, se remplit doucement. On s’imprègne de l’ambiance. On écoute. Les internationaux restituent les conclusions de leurs ateliers de l’après-midi. L’assemblée générale débute, et les doléances commencent. Au bout d’un moment, on a même le tournis de toutes ces voix amplifiées qui s’entremêlent, à droite, à gauche.

Un tour au Canal Saint-Martin, tassés comme des sardines, à la Parisienne. Une bière, pas belge, et le sourire d’être ensemble, réunis par un mouvement qui nous dépasse, même si on n’a pas encore d’idée claire de ce qu’il en sortira.

Dimanche. La place est quasi-déserte, vers 11h30. Les membres de GlobalDebout, la commission internationale qui organise la mobilisation du 15 mai partout dans le monde, profitent du soleil en lançant les groupes de travail. La journée du groupe belge se passe comme ça, entre indolence, travail commun, réunion politique et rencontre des militants venus de partout. Debout.

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Réunion de coordination du #15MayDebout sous le soleil de la Place de la République.

En fin d’après-midi, la place prend des airs de festival. La musique envahit les corps et les cœurs, avec une FanfareDebout et une jam session, où les musiciens nuitdeboutistes convergent, attirés par les notes. On est heureux d’être là, et on sent un peu cette atmosphère de fin de colo, quand chacun va bientôt rentrer chez soi.

Un dernier coup d’éclat : Merci Patron résonne au mégaphone de mes amis montés sur la statue de la Place. Je reste à Paris ; l’équipe belge repart. Mais j’ai déjà décidé que le 15 mai, je serai à Bruxelles, pour filer un coup de main sur les réseaux sociaux et amplifier l’événement dans cette ville qui m’accueille, bras ouverts.

Dimanche prochain – pour célébrer le cinquième anniversaire du 15 mai 2011, fondateur du mouvement des Indignés espagnols – le noyau d’irréductibles bruxellois espère bien être à nouveau rejoint au Mont des Arts par une foule de citoyens curieux et avides de s’engager autrement.

Arrivée hier soir, je détaille davantage le programme – co-construit avec les autres acteurs locaux – avec l’équipe, qui se retrouve encore. Assemblée générale, commissions thématiques, interventions, mais aussi, animations artistiques, pour les grands et les petits (Orchestre Debout, clowns, jonglerie, maquillage…). Quand je les entends raconter leur vision de l’événement, les mots de Sarah, prononcés la semaine dernière avant le départ parisien, me reviennent en mémoire. « Pour certains, le combat est très cérébral, avait-elle dit. Mais on ne doit pas oublier que beaucoup de gens se battent avec le cœur. » Sous le lampadaire, dimanche, la convergence des transitions se déclinera par la tête et le cœur.

Rejoignez-nous dès 16h au Mont des Arts, à Bruxelles, et/ou suivez l’événement sur la page Facebook de Nuit Debout Bruxelles et sur le compte Twitter, avec le #15MayDebout #BruxellesDebout #GlobalDebout.

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Il n’y a pas de hasard, il n’y a que des rendez-vous

Alors qu’une page se tourne et qu’une autre s’écrit, il est temps de faire un nouveau bilan, calmement ! J’aime ces périodes de transition, entre deux mues. J’y vois les interstices des possibles, ceux que je viens d’explorer et ceux, infinis, qu’il me reste à découvrir.

Depuis la fin de Place To B, qui m’a pris beaucoup de temps et d’énergie en 2015, je n’ai ni eu ni pris le temps de souffler. D’un côté, je sens la fatigue et les tensions accumulées ; de l’autre, je suis investie d’une énergie folle. En quatre mois, que de changements ! J’ai quitté certains projets, en ai rejoint d’autres. Leur point commun : l’expérimentation. Politique. Scientifique. Communautaire. Mais j’y reviendrai.

Des invités high level

Je viens de quitter mon poste de responsable éditoriale de One Heart, une agence de communication spécialisée dans l’accompagnement d’acteurs solidaires. J’ai décidé de garder trace ici de mes meilleurs sujets, les plus alignés avec mes envies et mes centres d’intérêt.

Un foyer de bonnes ondes, d’abord ! Peu de temps après mon arrivée, nous avons instauré l’invitation de personnes formidables lors de notre conférence de rédaction hebdomadaire. Coup de cœur intersidéral, déjà au rendez-vous pendant Place To B : Yacine Ait Kaci – alias YAK, le papa d’Elyx, ce bonhomme en bâtons, premier ambassadeur virtuel de l’ONU. Ses dessins m’accompagnent plus que jamais, m’ont aidée à trouver les mots qu’il me manquait après les attentats de Bruxelles, et peuplent les profils sociaux de toutes les Nuits Debout. Son amitié, elle, est une pépite.

Belles rencontres encore, avec Isabelle Delannoy et son économie symbiotique, qui m’ont fait partir à la rencontre de Xavier Coadic et de son Tour de France des lieux innovants, dans lequel il m’a ensuite embarquée avec cinq autres joyeux lurons. Belles rencontres avec Sylvain Lapoix, datajournaliste qui sévit avec brio aux manettes du programme Datagueule, qui décrypte les sujets de société les plus pointus (et reprend bientôt !) ; avec Alice Barbe, directrice de l’association Singa, sorte de réseau social IRL qui fait un boulot génial pour aider les réfugiés à s’insérer ; ou encore avec Maxime de Rostolan, ses Fermes d’Avenir et sa plateforme de crowdfunding, Blue Bees…

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Yacine Ait Kaci, premier invité de notre conférence de rédaction.

Bon kiff aussi, quand nous avons reçu Alexandre Jardin, à l’origine du mouvement citoyen Bleu, blanc, zèbre, au moment de la journée internationale des droits de la femme. Une grosse partie de la semaine a été consacrée à cette moitié de l’humanité qui doit encore se battre pour qu’on dise « Jamais sans elles ».

Morceaux choisis : le lancement de la Fondation des Femmes ; le projet Règles élémentaires, collecte de produits d’hygiène intime pour les femmes sans abri ; l’interview de Sidonie Mérieux, chasseuse de têtes qui aide les femmes à se frayer un chemin dans les hautes sphères des conseils d’administration ; ou encore la rencontre entre Simplon.co, la fabrique sociale de codeurs, et de Microsoft pour débugger les inégalités femmes-hommes.

Ulule, quand tu nous tiens…

Hormis ces moments d’échange, j’ai aussi pu découvrir et médiatiser des projets que j’ai trouvés fantastiques. Un clin d’œil à Mathieu Maire du Poset – DG d’adjoint d’Ulule que nous avons d’ailleurs aussi reçu en conf de rédac – qui me charriait toujours de trouver mes sujets sur sa plateforme de crowdfunding. Oui, il y en a eu beaucoup, et encore, pas autant que je l’aurais aimé !

En vrac et en pagaille : Caribe Wave, un projet de simulation de tsunami qui visait à protéger la population des Caraïbes grâce à une agence tous risques des temps modernes ; KM for Change, le très beau projet de Florent Morel et son équipe pour permettre à chacun de rendre son jogging utile et solidaire ; Faso Soap, un savon répulsif anti-paludisme ; Thot, l’école de français pour les réfugiés et les demandeurs d’asile, créée par trois nanas sur-déterminées.

A propos de réfugiés, un projet a aussi rythmé mon quotidien pendant ces quatre mois : SOS MEDITERRANEE et son bateau l’Aquarius. Moment fort, les deux jours d’animation et de préparation du départ du bateau en Mer Méditerranée pour sauver du naufrage les migrants, au large de la Libye et de l’Italie. J’ai piloté les réseaux sociaux le temps d’un weekend, que je ne suis pas prête d’oublier… J’ai suivi ensuite en ligne leurs aventures, leurs doutes, leurs succès, leurs douleurs et les liens que j’avais gardés avec certains membres de l’équipage, qui se reconnaîtront !

Dernières émotions fortes : regarder en replay le magazine de France 2, 13.15 le samedi, être très touchée de découvrir les images à bord, et entendre dans la foulée les tristes nouvelles d’un sauvetage à haut risque, à l’issue dramatique. Mon grand respect va à toute l’équipe, à bord et à terre. Et un dernier clin d’œil, au travail de Geoffrey Dorne et de son application Refugeye, librairie de pictogrammes pour faciliter la communication entre les migrants et les sociétés d’accueil.

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Elyx sur le pont de l’Aquarius. Crédits: YAK et Patrick Bar.

Mention spéciale à mon poulain

Riche équipe, aussi. Mention spéciale à François de Monès – j’ai nommé « mon poulain » – le stagiaire qui m’a accompagnée dans mes délires parfois pointus. « Mais dis-moi, quand est-ce que je pourrais te parler d’un truc que tu ne connais pas déjà ? », me demandait-il souvent en rigolant. Son cadeau de départ en dit long sur notre connivence : Antispéciste, le dernier livre d’Aymeric Caron, le journaliste qui m’avait convaincue d’arrêter la viande avec No Steak. Je lui ai d’ailleurs promis une chronique bloguesque dans les semaines à venir.

En quatre mois, l’élève a beaucoup appris de la maîtresse que je me découvrais être. Quel plaisir d’aider une plume à s’aiguiser quand l’esprit qui la tient est brillant ! Je lance d’ailleurs un appel à tous ceux qui pourraient l’aider à trouver une entreprise : il cherche une alternance en presse écrite, en radio ou en télé. A vos contacts !

Retenir la Nuit Debout

Et puis, vers la fin de cette période transitoire, il y a eu Nuit Debout. L’impression qu’il se passe enfin quelque chose en France, que la jeunesse se bouge, se lève et se tient debout, ensemble. Plaisir de faire le dernier papier avant le départ sur le soutien du mouvement altermondialiste (Attac) au mouvement citoyen.

De fil en aiguille, je me suis retrouvée impliquée et investie : dans la commission numérique dont je suis les travaux plus ou moins assidûment, mais aussi dans l’équipe bruxelloise, qui tente de faire vivre – avec ses spécificités – le mouvement dans la capitale européenne. Me voilà Nuitdeboutiste, plutôt que jusquauboutiste ou défaitiste. La prochaine grande action a lieu ce dimanche 15 mai, où l’on célébrera, à Paris et ailleurs, les cinq ans du mouvement des Indignés espagnols.

On ne sait encore ni s’il va durer, ni combien de temps, mais une chose est sûre : un vent – d’espoir et de douce révolte – souffle. Et une partie du peuple est vent debout. Pas courbé, ni couché. Debout. Je suis assez d’accord avec cette membre de la commission internationale venue dire le weekend dernier, place de la République : « Plus que les résultats, c’est le processus – apprendre à travailler ensemble – qui est important. » Encore une fois résonnaient les mots et les dessins de Yacine : #WeAreOne.

Insuffler du sens et du rêve

« Mais alors, maintenant, tu fais quoi ? » Je redoute la question autant que j’aime y répondre. Je reprends à peine ma liberté de freelance et je tâtonne. J’aimerais composer une activité qui ait du sens et me permette de concilier les missions rémunératrices et celles pour lesquelles je travaille gratuitement à l’intérêt commun.

Le mois de mai va filer à la vitesse de l’éclair : je participe la semaine prochaine au OuiShare Fest, notamment avec mes amis des 100 barbares qui comptent bien barbariser le plus grand festival de l’économie collaborative. La « Magic » Janique Laudouar y proposera, mercredi 18 mai, un atelier sur les civictech ; l’hyperactif Antoine Brachet y tiendra samedi 21 mai une rencontre autour d’Un peuple totalitaire, son roman collaboratif qui nous emmène dans les arcanes du pouvoir, à la découverte de ce néo-bouillonnement démocratique qui secoue les puces du sérail.

Et nous animerons un stand tous les jours au Cabaret Sauvage pour donner envie aux participants de nous rejoindre, le dimanche 22 mai, à Chemin Faisant. Pendant cette marche autour du lac Daumesnil du Bois de Vincennes, chacun pourra partager les rêves des autres barbares bienveillants. (Si vous vous demandez quel est donc cet étrange langage, rendez-vous sur le groupe Facebook des 100Barbares !).

En juin, je rejoins officiellement l’équipe de Sans A_, le média qui rend visible les invisibles, pour prendre la tête de la rédaction à mi-temps, pour me laisser la liberté de faire d’autres choses. Un recrutement possible seulement si la campagne de crowdfunding est une réussite… Vous savez ce qu’il vous reste à faire ! (Et comme d’habitude, c’est sur Ulule !)

J’ai aussi prévu d’offrir une partie de mon temps libre à « celles et ceux que nous attendions », l’équipe et les candidats du mouvement citoyen #MaVoix, dont j’ai déjà parlé ici ou . Lancé l’année dernière, le mouvement veut « Hacker l’Assemblée nationale » en y envoyant des citoyens volontaires et tirés au sort pour voter en fonction de l’expression des citoyens via une plateforme en ligne.

Je ne sais pas où le vent me mène, Debout. Mais il me souffle une légère brise belge, un mistral gagnant breton. Il susurre à la « Fille du Vent » que je suis : « Nomadise un peu, déploie tes ailes et dérouille ta plume ». Il me suggère de faire quelque chose de mon obsession des zèbres, qui pourrait être utile à d’autres en même temps qu’elle répondrait à des questionnements existentiels qui m’animent depuis toujours.

« Il n’y a pas de hasard, il n’y a que des rendez-vous ». La phrase de Paul Eluard a beaucoup résonné ces dernières semaines. Je ne l’ai jamais trouvée aussi vraie, en même temps que je n’ai jamais été si convaincue que c’est à chacun de provoquer le hasard et ses rendez-vous imprévus, impromptus, déroutants. Je suis prête.

6avril

A Bruxelles, Nuit Debout se décline sous le lampadaire

Une équipe d’irréductibles bruxellois s’organise depuis le début de Nuit Debout pour faire vivre le mouvement dans la capitale belge.

Ils sont peu nombreux mais l’énergie et le temps qu’ils y mettent donnent envie de les soutenir. Ils, ce sont les Nuitdeboutistes de Bruxelles. Ils sont une bonne dizaine quand je les rencontre, samedi soir dernier. Ils viennent de quitter la place du Mont des Arts, où ils se retrouvent presque tous les soirs pour porter la déclinaison belge de la “convergence des luttes”. Ils vont se mettre au chaud dans un bar et organiser les prochaines étapes de leur action. Ils sont jeunes – ils ont entre 17 et 35 ans – motivés et animés de cette même envie de faire bouger les choses que les citoyens engagés que j’ai pu rencontrer Place de la République.

Un mouvement plus grand qu’eux

J’arrive à peine, décision est prise d’aller chez l’un d’eux – absent de la place ce soir-là – pour finir la soirée. On s’organise en petit convoi. Deux petites notes d’ambiance tirées du trajet, saugrenues et oniriques. La musique slovène qui résonne dans la voiture de Tortue. Et la pause ravitaillement chez un “Paki” à Molenbeek. Bruxelles n’est pas ma ville mais à ce moment précis, avec eux, je me sens chez moi.

Le pauvre hôte voit débarquer par grappes toute la troupe, dont une bonne partie de gens qu’il ne connaît pas. Il tente de nous faire taire, son coloc – pas du tout concerné par la “lutte” – dort, pour l’instant, à poings fermés. Je profite du petit comité pour poser plein de questions. J’ai envie de savoir qui ils sont, pourquoi ils sont là. Ils ne comprennent pas très bien si je suis journaliste ou pas, sympathisante, spectatrice ou aussi actrice. J’essaie de leur expliquer que je suis tout ça à la fois.

 

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Et hop, une déclinaison bruxelloise de YAK et son petit Elyx.

Il y a la poétique Lola, encore étudiante, qui gère toute la communication et les relations presse. Elle m’explique l’importance pour eux de la manifestation du lendemain contre la livraison de F16 à la Syrie par le Royaume de Belgique. Dans son discours, il n’est pas question de la loi Travail de Myriam El Khomri. Non, les Belges sont debout pour dénoncer les causes qui les mobilisent au quotidien. Leurs causes. Celles de Belges. D’Européens. Et de citoyens du monde.

Il y a aussi Simon, 17 ans. Il m’intrigue. J’aimerais comprendre ce qui l’anime. Il s’est tout de suite senti impliqué dans Nuit Debout. Il est même monté à Paris, le mardi 1er avril, le soir des barricades à Saint-Germain-des-Prés où une bonne centaine de lycéens a fini la Nuit, debout… au poste. Dans la capitale française, il se sent chez lui, près de ces jeunes qui veulent eux aussi prendre part à un mouvement plus grand qu’eux tous réunis.

“Je suis politisé, au sens où j’ai des opinions politiques, me raconte-t-il, mais je n’avais jamais pris part à un mouvement. J’ai découvert à Nuit Debout une ambiance sereine, un monde apaisé, bien pensant. Peu importe qui tu es et comment tu arrives : tu es le bienvenu. J’y ai vu une conscience collective, une preuve que l’humanité est capable de bien plus qu’on ne lui laisse croire.” Il est poète, il rêve éveillé, debout.

De la bienveillance et pas d’étiquettes

A Bruxelles, le mouvement a pris spontanément quelques jours après les débuts du Printemps français. Le 6 avril, plus de 200 personnes se retrouvent Place des Barricades, pour affirmer leur volonté de se réapproprier l’espace public et réinventer ensemble, de nouvelles manières de faire société. Parmi elles, Adrien, un Français exporté à Bruxelles pour cause d’activité politique européenne. Mon point d’entrée dans ce petit bain Nuitdeboutiste, dans lequel je m’immerge en m’en délectant.

Activiste de longue date, JEDI du climat, il a eu envie d’être là ce soir fondateur, pour faire écho à ce qui se passait en France, où nombre de ses amis occupent les places publiques. Habitué des mouvements citoyens et des happenings, il prend le micro et aide la foule présente à organiser les prises de parole, en leur rappelant les signes des Indignés espagnols repris par Nuit Debout.

“J’ai voulu leur transmettre l’importance de la bienveillance, de juger les idées et pas les gens, me confie-t-il. Je les ai prévenus qu’on allait ressentir des émotions fortes et qu’il fallait à tout prix éviter de mettre des étiquettes. L’étiquette empêche la rencontre, et dès qu’elle survient, elle met à distance l’idée et la personne qui la porte.”

L’ambiance est plus familiale dans la capitale belge. Une revendication se distingue: “Les gens ont tout de suite demandé qu’on prévoie des espaces pour les enfants pour que les mamans puissent participer aux débats.”

De passage à Paris la semaine dernière, il est allé faire un tour avec des amis Place de la République. Un bain de jouvence: “je me suis senti chez moi.” Il m’explique la difficulté de s’enraciner – il aime les métaphores terriennes, lui qui travaille sur l’agriculture – quand on partage son temps entre la France et la Belgique. Ce weekend, l’équipe bruxelloise l’a invité à être modérateur. Pour son expérience. Ses qualités d’organisation. Sa bienveillance. Une idée me vient, en l’écoutant: “Et si Nuit Debout lui offrait un moyen, même temporaire, de réconcilier un peu la dichotomie entre “son corps à Bruxelles” et “sa tête à Paris”?”

Dans les personnalités du groupe – qui, comme en France, refuse la personnification – il y a aussi Pascal. Régisseur. L’âge du Christ. Jamais milité, pas fan de manifestations. Mais avide de réfléchir et de vivre ensemble autrement. Son envie, à lui, c’est de “trouver des gens avec qui c’est possible que les Nuits Debout durent six mois, un an.”

Rendez-vous sous le lampadaire

Le noyau d’irréductibles a du pain sur la planche. S’organiser, par pôles, en fonction des compétences et des besoins; faire comprendre aux Belges l’essence du mouvement, pas simplement importé de Paris, mais bien incarné par des Bruxellois. C’est Tortue qui me résume le mieux cette substantifique moelle. Le Grenoblois d’origine, ostéopathe, n’aime pas trop parler de “convergence des luttes”. Il se sent proche des Colibris et préfère évoquer la transition en cours. “Pourquoi le film Demain a-t-il été vu par près d’un million de personnes ? Parce qu’il parle des solutions, des initiatives positives et donne les moyens d’agir.”

Une décision importante doit être rendue cet après-midi à propos du Traité sur la Stabilité, la Coordination et la Gouvernance (TSCG) dans l’union économique et monétaire, aussi appelé Pacte Budgétaire Européen: la Cour constitutionnelle rendra son arrêt au sujet de l’annulation des normes d’assentiment au Traité budgétaire européen. De nombreuses organisations dont la Ligue des Droits de l’Homme, la CGSP Bruxelles et d’autres mouvements citoyens sont mobilisés pour faire du bruit autour de cette décision, qui pourrait entraîner l’annulation du traité.

Ce soir, le noyau d’irrédElyx-Bruxellesuctibles seront encore là, sous le lampadaire, à donner la parole aux Bruxellois. Et ils attendent avec impatience le 1er mai, dimanche. En les quittant, je sais déjà que je viendrai les retrouver. Bientôt. Et je repense à ce dessin de mon ami Yacine, YAK de son petit nom d’artiste, après les attentats de Bruxelles, en mars dernier. Je l’avais partagé, comme beaucoup de ses dessins, parce qu’il visait juste. Ce weekend bruxellois, ce slogan d’Elyx n’a jamais résonné autant en moi : #WeAreOne.

 

Crédits dessins: Elyx, by YAK, que je remercie particulièrement pour cette déclinaison bruxelloise de son dessin pour Nuit Debout, qui ne manquera pas d’être repris par les irréductibles.

Crédit photo à la Une: Place des Barricades, Bruxelles, le 6 avril, Belga

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Au bonheur des zèbres #1 – La musique est un cri qui vient de l’intérieur

Dépisté haut potentiel (HP) à 40 ans passés, Damien Petre a monté son entreprise pour accompagner les jeunes HP dans la création de leur micro-entreprise. Il les aide à trouver leur place dans la société et du même coup, découvrir la pépite qui sommeille en eux. Le Belge inaugure cette série « Au bonheur des zèbres ».

Zèbre. C’est par ce petit nom pudique de l’animal savanesque que les surdoués ou les hauts potentiels préfèrent souvent qu’on les appelle. D’autres, au contraire, ne l’aiment pas du tout, sans toujours savoir pourquoi. Monique de Kermadec, spécialiste des adultes surdoués, vient de consacrer un livre à leur manière si particulière de vivre et d’atteindre le bonheur *. Plongée dans cette lecture, la fouine en moi a eu envie d’en savoir plus sur la vision du bonheur de ces drôles d’animaux, qui appartiennent tous à la même espèce mais ont chacun des rayures uniques.

Solliciter la tribu

J’ai donc posté une annonce dans deux groupes Facebook d’adultes surdoués. « Bonjour à tous ! Ravie de vous rejoindre sur ce groupe. Plutôt très zébrée, je suis journaliste et blogueuse. J’ai prévu de faire un billet prochainement sur le bonheur chez les zèbres. Certains d’entre vous aimeraient-ils témoigner de leur expérience svp ? Au plaisir d’échanger ! ».

Je m’attendais à seulement quelques réponses ; je me retrouvais victime de mon succès ! Impossible de répondre à tout le monde ! Décision prise rapidement de prendre le temps de faire beaucoup d’interviews et de chats avec tous ces zèbres qui voulaient me parler de leur bonheur (et en creux, de leurs malheurs).

Par un concours de circonstances – un peu provoqué – je me retrouve le weekend dernier à Bruxelles. Un des messages privés reçu après l’annonce me revient en mémoire. Un numéro belge… Je relance le Monsieur. « Bonjour, où habitez-vous ? ». « Bruxelles et sa région », me répond-il. Je lui propose aussi sec de nous rencontrer, et me voici donc un dimanche après-midi pluvieux (pléonasme à Bruxelles), attablée dans un café Place du Jeu de Balle avec Damien Petre.

La finance, l’intuition et la liberté

D’abord, comprendre qui j’ai en face de moi. « Depuis toujours, je me sentais différent, me raconte-t-il. J’arrivais aux solutions sans savoir comment ; tout ce qui était compliqué me plaisait. Et puis un jour, à 40 ans passés, un spécialiste m’a fait passer des tests et m’a expliqué que mon cerveau fonctionnait à l’envers. Je suis ce qu’on appelle un « haut potentiel (HP) extrême « . »

Cette découverte chamboule sa vie. « Je comprends alors qui je suis, comment je fonctionne et j’ai l’impression d’être un peu passé à côté de 30 ans de ma vie. Je décide alors de créer Financial Intuitive Liberty (FIL) pour éviter aux jeunes HP de perdre du temps comme je l’ai fait. » Le principe de FIL ? Basée sur le fonctionnement des HP, cette entreprise commerciale, à la structure de gestion coopérative, sociétale et associative, permet aux jeunes de créer leur micro-entreprise.

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Damien Petre, fondateur de FIL-sprl

« On permet aux jeunes adultes de développer leurs compétences par l’entreprenariat. Mais notre but, c’est surtout de les aider à vivre pleinement leur identité, en étant respectés, de rester connectés à leur rêve, en gardant leur personnalité. Nous offrons un sas d’acclimatation en leur permettant de rester authentiques ».

Ancien banquier, Damien a une idée force, qu’il décline : « La finance, en passant par l’intuition, mène à la liberté. » Mais l’intuition, cette botte secrète de tant de zèbres, qu’est-ce que c’est ? « C’est une connexion immédiate, une réalité et des réponses qui nous conviennent. » Un ami zèbre qui se reconnaîtra a, lui, une jolie définition qui me parle bien aussi : « L’intuition, c’est un appel entre la tête et le cœur ».

L’idée de Damien, c’est que l’intuition hors normes des HP est polluée par leur entourage. « Je dis aux jeunes:  » Faites la photo de votre rêve. Oubliez tout sauf ça. Créez la musique intérieure de votre projet. Vous trouverez ensuite les musiciens pour jouer votre partition et vous dégagerez progressivement les fausses notes incrustées dans votre musique intérieure.  » »

Damien reprend à Carine Doutreloux, à la tête de l’association EHP-Belgique, la métaphore de la pépite. « Un surdoué, c’est une pépite oubliée au milieu de la rivière qui ne demande qu’à briller. Une fois que vous avez dégagé la boue, c’est magnifique ! »

Son travail – mené en binôme avec un associé de 20 ans, Maxime Louys – consiste en partie à rassurer les jeunes, par la raison et la démonstration pragmatique, sur le bien-fondé de leur intuition. « J’essaie de leur donner les moyens d’expertise (finance, compta…) pour savoir qu’ils sont dans le juste, de trouver cette harmonie entre l’intuition et la raison. C’est mon moyen d’agir aujourd’hui pour l’entreprise de demain. »

Noir et blanc

« Pour moi, le bonheur, c’est quand on peut entendre la musique intérieure qu’on a imaginée résonner avec son environnement. » C’est aussi d’aider les autres à écouter leur propre mélodie, et de les entendre se répondre : « Je suis un mélomane. J’adore les belles musiques », me dit-il, malicieux, après m’avoir parlé un peu de mes propres notes…

Damien confie avoir peu d’amis. Il fait même un joli lapsus : « Il faut qu’ils m’acceptent comme ils sont. » Marié et papa de deux grands garçons, il explique avoir trouvé le chemin du bonheur après plusieurs années à corriger sa partition.

On se quitte, chacun le cœur empli de sa musique intérieure. Grâce à Damien et à Bruxelles, j’entends un peu mieux les instruments qui composent la mienne. Et je sais davantage quel type de musiciens peut m’aider à jouer harmonieusement mon récital.

La chanson de Bernard Lavilliers Noir et blanc résonne en écho. « La musique a parfois des accords majeurs, qui fait rire les enfants mais pas les dictateurs. De n’importe quel pays, de n’importe quelle couleur ; la musique est un cri qui vient de l’intérieur. »

*Monique de Kermadec, L’adulte surdoué à la conquête du bonheur, Albin Michel